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Cro-Magnon : images et anecdotes

SOCIETE D'ETUDES ET DE RECHERCHES PREHISTORIQUES DES EYZIES
Cro-Magnon : images et anecdotes
SERPE Bulletin n°64 2015 page 21  

Les auteurs

Gilles DELLUC   
Docteur en Préhistoire Département de Préhistoire du Muséum national d’Histoire naturelle Paris UMR 7194 du CNRS (Histoire naturelle de l’Homme préhistorique) Le Bourg, 24380 St-Michel de Villadeix Courriel : gilles.delluc@orange.fr  

Estelle BOUGARD
Docteur en Préhistoire, conseiller scientifique et assistante du maître d’ouvrage de l’abri Cro-Magnon (à la date de la présentation)

Au printemps de 1868, on exhume des squelettes à Cro-Magnon aux Eyzies. C’est une immense découverte. Pour la première fois au monde, on voit une sépulture d’Hommes de la Préhistoire. Ils sont accompagnés d’ossements d’animaux depuis longtemps éteints ou disparus de la contrée (mammouth, renne). Et ces humains de la nuit des temps sont semblables à nous. Il faudra attendre plusieurs décennies pour que soient connus des Hommes plus anciens et différents de nous.  

Le nom de Cro-Magnon devient célèbre. Il va le demeurer, au point de l’emporter, encore aujourd’hui, sur celui de Néandertal et même de Lascaux (1).  

Mais il n’est pas interdit de rêver… Comme toujours, cette exceptionnelle découverte se trouve très vite auréolée de nombreuses anecdotes, brochant des détails inattendus sur l’historique de la trouvaille et sur la description de la sépulture. Certains sont devenus aujourd’hui légendaires.  

L’aménagement récent des lieux pour la visite, souhaité depuis tant d’années, est une bonne opportunité pour revenir à la réalité. Elle est déjà extraordinaire…  

L’abri de Cro-Magnon était vide  

 Oui, les squelettes de Cro-Magnon n’étaient pas dans l’abri-sous-roche de Cro-Magnon. Ou, plus précisément dans cet abri que, depuis des siècles, on appelait le trou (lou cro en occitan) d’un certain Magnon (2). On voyait de loin cette cavité rupestre, alors que, quelques mètres plus bas, l’abri où gisaient les squelettes était invisible, occulté sous des éboulis millénaires : il y avait en fait deux abris superposés.  

C’est la découverte, il y a une trentaine d’années, dans les classeurs de la vénérable Société historique et archéologique du Périgord, d’une belle aquarelle, due au talent de l’archéologue Maurice Féaux, agent voyer de son état, qui leva le lièvre (fig. 1). Elle permit de comprendre la disposition ancienne des lieux, les auvents des deux abris s’étant éboulés peu après la découverte (3). 

Pas de chemin de fer pour Cro-Magnon  

On lit encore très souvent que la sépulture de Cro-Magnon fut découverte à l’occasion des travaux du chemin de fer Périgueux-Agen. C’est une erreur, pour deux raisons :  
1 - Quelques dizaines de mètres séparaient l’abri de la voie ferrée, comme le montre bien une gravure cotée de Reliquiae Aquitanicae (4) (fig. 2) ;  
2 - Surtout, la découverte de l’abri sépulcral est datée de la fin mars 1868, alors que les travaux de la ligne étaient terminés depuis cinq ans. L’inauguration de la ligne et de la gare des Eyzies avait eu lieu le 3 août 1863.

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Fig. 1 - Les deux abris de Cro-Magnon. La sépulture se trouvait dans l’abri inférieur. Dessin de M. Féaux (coll. SHAP)

Remontons un peu dans le temps. C’est le 24 de ce mois d’août 1863 que le paléontologue Édouard Lartet et son ami Henry Christy avaient débarqué par le train de Paris - aux Eyzies. Ils étaient attirés en ce lieu par l’observation dans une boutique parisienne d’un bloc de brèche, contenant des silex et des os de renne : ce fragment de sol calcifié provenait d’une grotte des Eyzies. C’est ainsi que débuta une fructueuse campagne : ils allaient découvrir et fouiller les plus grands gisements de la vallée de la Vézère, et esquisser une chronologie des dépôts observés (5). Les résultats de leurs investigations furent publiés dans les Reliquiae Aquitanicae. Cinq ans plus tard, Édouard Lartet fut prévenu de la découverte de la sépulture. Se jugeant trop âgé - 67 ans -, il envoya aux Eyzies son fils Louis, géologue et futur professeur à la faculté des Sciences de Toulouse, missionné par Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique de Napoléon III.  

 La découverte de l’abri inférieur de Cro-Magnon était bien due à des travaux de voirie et non à un aménagement ferroviaire (6) : on créait une nouvelle route vers la gare et le bourg de Tayac (7). L’entrepreneur François Berthoumeyrou était chargé de ce travail avec son demi-frère L. Delmarès. À la fin du mois de mars 1868, il fit attaquer par ses ouvriers un terrain taluté lui appartenant, au pied du rocher, à 130 mètres à l’est de la gare. Cela dans deux buts :
1- Il voulait extraire des sédiments (on dit ici de la castine) pour charger la nouvelle route ;
2- Peut-être voulait-il aussi ouvrir dans ce talus « le chemin destiné à remplacer celui que la voie ferrée avait fait disparaître » (8).

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En fait, l’histoire a télescopé deux opérations effectuées sur ce talus :  
1 - Il y avait eu, précédemment, pendant les travaux ferroviaires antérieurs à août 1863, une première extraction de sédiments par la Compagnie des chemins de fer d’Orléans pour « l’établissement de la chaussée [sic] du chemin de fer qui amena l’enlèvement d’une partie importante du talus et celle d’un bloc gigantesque détaché du rocher » (9) ;
2 - En mars 1868, un deuxième prélèvement de castine est effectuée, pour la route cette fois. Il conduit à l’ouverture de l’abri et à la découverte de la sépulture. 
Fig. 2 - La rive gauche de la Vézère aux Eyzies. a : voie ferrée ; b : talus ; c : bloc rocheux ; d : auvent du Cro-Magnon ; e : rocher : d : abri préhistorique ; g : les Eyzies ; h : maison de garde-barrière ; i : pont du chemin de fer ; j : grottes du Cingle ; P : calcaire ; M : alluvions (extrait de Reliquiae Aquitanicae)

Cette découverte alors entraîna de violentes polémiques avec le sévère Gabriel de Mortillet, fondateur de la Paléontologie humaine : l’Homme préhistorique ne pouvait pas enterrer ses morts, car, affirmait-il, il n’était pas religieux  

Ils nous ont fait tourner la tête
 
Au cours des travaux, cinq sujets ont été recueillis : un squelette masculin à peu près complet (n° 1), un crâne féminin (n° 2), une calotte crânienne, des fragments attribués à un autre crâne et quelques restes d’un nouveau-né (10). Ils se trouvaient sous l’abri, au sommet des sédiments, presque au contact de la voûte.  

Le crâne de l’homme, baptisé autrefois « le vieillard » (il avait 40 ou 50 ans…), très bien conservé, portent deux lésions érosives (frontale droite et mandibulaire gauche) ; on note aussi d’autres lésions osseuses dont deux tassements vertébraux et une séquelle d’entorse de la cheville (fig. 3 a et b). 

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Fig. 3 - L’homme de Cro-Magnon, dit « le vieillard ». a : chromolithographie inversée de Reliquiae Aquitanicae ; b : aspect normal

                                                                                      Fig. 4.Brèche osseuse

Le crâne de la femme, elle aussi d’âge mûr, porte une large brèche osseuse (frontale), assurément produite par un instrument tranchant (fig. 4).  

Quand il consulte les belles planches gravées de Reliquiae Aquitanicae, le lecteur attentif a la surprise de constater, chez l’homme, des lésions frontale gauche et mandibulaire droite, et chez la femme, une brèche frontale gauche.  

En fait, il s’est produit une erreur lors de la gravure : certaines lithographies ont été inversées. Des notes précisent : « L’artiste a produit des figures inversées de ces planches, n’ayant pas utilisé de miroir quand il a dessiné les spécimens […]. Toutes les figures [de certaines planches], dessinées sur pierre à partir des originaux, sont inversées. Elles ont été dessinées en projection géométrique à l’aide du diagraphe de Gavard, et réduite de moitié par le pantographe de Sauvage. » (11) Le tirage est effectué en chromolithographie : on utilisait plusieurs pierres, une pour chaque couleur primaire et une pour le noir, suivant le principe de la quadrichromie.  

Cette anecdote mérite d’être connue pour ceux qui voudraient reproduire ces magnifiques gravures.  
 
Un fait-divers au Paléolithique ?  

Durant un siècle, les lésions observées sur ces deux sujets ont donné lieu à des diagnostics divers.
  
Chez l’homme ont été évoqués notamment l’action de l’eau provenant de la voûte, des séquelles d’accidents ou de traumatismes provoqués par un tiers, diverses maladies (dont la syphilis…). Aujourd’hui, le diagnostic d’histiocytose langheransienne (prolifération non cancéreuse de  
cellules de la moelle osseuse) paraît le plus probable (12). Résultat : ce robuste chasseur devait être en fait un peu voûté et boitillant ; il avait quelques difficultés à mastiquer du côté gauche…
 
La brèche frontale de la femme a longtemps été attribuée à un traumatisme paléolithique par un objet tranchant. Louis Lartet décrivait non seulement la plaie osseuse, mais aussi l’objet vulnérant, l’arme du crime, et signalait en outre l’état probablement gravide de l’infortunée victime (13) : « Cette blessure, traversant obliquement l’éminence frontale droite, a une forme de pastille étroite et une des têtes de lance en silex taillé trouvée dans la Caverne s’y adapte parfaitement ». Comme l’avaient fait les Drs P. Broca et L. Pales, le Dr H. V. Vallois, anthropologue et médecin, ajoutait ce détail navrant : « Elle a dû survivre plusieurs semaines, d’après l’avis de médecins fort compétents » (14). Élémentaire, comme aurait pu dire Sherlock Holmes (15).  

C’est seulement un siècle après la découverte que fut reconnue l’étiologie véritable du traumatisme de la malheureuse : un malencontreux coup de pioche (16) reçu lors de son exhumation en 1868 par un ouvrier de François Berthoumeyrou (17). Ce n’était donc pas un meurtre ni une querelle de ménage…  

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Des harpons magdaléniens à Cro-Magnon ?  

En 1868, Louis Lartet fouille l’abri. Sur une précieuse coupe, ce géologue dessine une masse de sédiments : il y distingue 11 niveaux noirâtres superposés, séparés par des couches de débris pierreux ou terreux et des dalles calcaires. Certains niveaux contenaient des charbons et « des ossements brisés, brûlés et travaillés et des silex taillés suivant différents types ». Dans les Reliquiae Aquitanicae, deux planches hors texte montrent des lames et grattoirs épais à retouche écailleuse, typiquement aurignaciens (18). Bref, on avait longtemps vécu sous l’abri à cette époque-là.
 
Les ossements humains, eux, surmontaient ces sédiments. Ils se trouvaient au fond de l’abri, plus ou moins au niveau d’un très mince « foyer », à quelque 50 cm seulement de la voûte rocheuse. L’inhumation avait donc eu lieu lorsque l’abri, très bas de plafond, n’était plus utilisable pour l’habitat. Quelques mois après la découverte, en 1869, un texte de Louis Lartet, publié dans les Matériaux pour l’histoire naturelle et primitive de l’Homme (19), est orné d’une belle planche hors texte, signée d’un monogramme indéchiffrable (fig. 5). Elle représente des objets provenant de la « grotte sépulcrale de Cro-Magnon » (20) : silex aurignaciens, pendeloques, coquillages percés, mais aussi deux superbes harpons magdaléniens à double rang de barbelures. Du Magdalénien à Cro-Magnon 

Heureusement, un discret erratum précisait que ces harpons « sont d’une époque moins ancienne que la sépulture de Cro-Magnon ». Ce type de harpon apparaît effectivement au Magdalénien supérieur. Ceux-ci provenaient des fouilles d’Édouard Lartet à la Madeleine et avaient été placés là par le graveur sans doute pour compléter sa planche dans un but décoratif… (21)


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Fig. 5 - Les principaux objets recueillis à Cro-Magnon. Les deux harpons proviennent de la Madeleine et datent du Magdalénien supérieur (planche extraite de la revue Les Matériaux…)

Cro-Magnon chez les Helvètes : du Gravettien ancien  

La datation des squelettes fit envisager des nombreuses hypothèses. Ils furent attribués à l’Aurignacien, comme les niveaux sous-jacents, mais on parla aussi de Néolithique, de Magdalénien et même de Solutréen.  

C’est de Suisse qu’arriva la solution. En 1960 et 1963, un petit article consacré à « Une gravure de Cro-Magnon exilée à Neuchâtel (Suisse) », parut dans deux revues dont la nôtre (22). Le Pr Eugène Pittard, anthropologue genevois, familier des fouilles en Dordogne, signalait avoir vu dans la collection du Dr Émile Rivière (alors conservée à Lausanne), des « lames longues et étroites, dans les types de la Gravette », provenant de Cro-Magnon (23).  

Il fait une enquête. À la réflexion, l’abbé H. Breuil se souvenait les avoir vues, lors de son premier voyage aux Eyzies en 1897 ; ces pointes de la Gravette étaient fixées sur des cartons rouges dans la maison de François Berthoumeyrou. Mais, disait-il, il n’avait trouvé dans l’abri, que « les couches actuellement connues comme aurignaciennes » (24).  

Cro-Magnon à Lausanne ? Oui, car les collections Berthoumeyrou avaient été acquises par le Dr Rivière. Peu après la mort de celui-ci en 1922, elles furent mises en vente à l’Hôtel Drouot et achetées à bas prix par un étudiant de l’École dentaire de Paris, le Suisse Henry Gass. Ce jeune homme mourut prématurément en 1927. Au décès de sa mère, à la fin des années 1950, les collections furent acquises par le Dr Moll, amateur de Préhistoire (25). Elles sont actuellement au musée de Neuchâtel.  

Ces objets confirmaient donc les observations d’E. Pittard et les souvenirs de H. Breuil. Ils prouvaient qu’il existait certainement un niveau gravettien au-dessus des niveaux aurignaciens. Les squelettes, exhumés de ce niveau supérieur du gisement, étaient donc rapportables au Gravettien (26). En outre, en 1987, en explorant les collections Cro-Magnon du Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse, nous observions une pointe de la Gravette et une fléchette de Bayac (27) (fig. 6 a et b).


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Fig. 6 - Deux objets caractéristiques provenant du niveau gravettien de la sépulture. a : pointe de la Gravette ; b : fléchette de Bayac (coll. Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse)

Cette fléchette est caractéristique du Gravettien ancien du gisement de la Gravette (commune de Bayac). À l’abri Pataud (28), elles abondent dans la couche 5 de Gravettien ancien (123 exemplaires) et font défaut dans les niveaux plus récents, alors que les pointes de la Gravette sont présentes dans tous les niveaux gravettiens. Cet objet permettait de rapporter au Gravettien ancien la datation des squelettes de Cro-Magnon et même d’envisager des relations entre Cro-Magnon et Pataud : l’un aurait pu être la sépulture des habitants de l’autre.  

Les ossements de Cro-Magnon n’ont pas pu faire l’objet d’une datation 14C, faute de collagène dans les pièces osseuses choisies au musée de l’Homme. Mais une datation 14C par SMA (29) d’un des quelque 300 coquillages, accompagnant les ossements (30), a fourni la date de 27 680 ± 270 BP (31). 


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En 2004, après cette datation du coquillage, le Pr Denis Vialou concluait de même : « Cet âge fait davantage rapporter la sépulture à un Gravettien ancien ou moyen plutôt qu’à un Aurignacien récent. La carence des fouilles empêche de traduire en certitude cette possibilité » (32).

Effectivement, cette date du coquillage de Cro-Magnon (27 680 ± 270 BP, soit entre 28 220 et 27 680 BP à 95 % de confiance) comparée à celles de l’abri Pataud exclut le Gravettien supérieur (entre 23 000 et 24 000 BP), mais ne permet pas de choisir entre le Gravettien ancien et le Gravettien moyen. Selon le mot de Michel Lorblanchet, « une date ne fait pas une culture » (33). C’est dire l’intérêt de la fléchette de Bayac.  

 
Une publication récente est venue confirmer, grâce à l’archéologie de Pataud, notre attribution chronologique au Gravettien ancien (34). Elle tient compte, en outre, de deux pendeloques d’ivoire sur les trois découvertes par L. Lartet. Elles présentent des points communs avec les douze découvertes dans le niveau 5 de l’abri Pataud. Il en va de même pour les coquillages (35).  

Cette très complète publication ajoute donc des arguments archéologiques importants à l’appui de la conclusion de l’un de nous, publiée quelques mois auparavant : « L’abri de Cro-Magnon entretient d’étroites relations avec l’abri Pataud, son voisin. On pourrait même imaginer qu’il a servi de lieu de sépulture aux habitants de Pataud. À la fin du Gravettien ancien, il était devenu inhabitable alors que Pataud était un important camp de base » (36).  

Cro-Magnon à l’Exposition universelle  

Durant l’été de 1889, le centenaire de la Révolution française donna lieu à Paris à une extraordinaire exposition universelle sur une centaine d’hectares (Champ de Mars, Invalides, Trocadéro). Au pied de la Tour Eiffel, toute neuve, prennent place d’innombrables pavillons, galeries et palais, y compris un village nègre peuplé de 400 indigènes et le Wild West Show de Buffalo Bill qui vient d’exterminer tous les bisons des États-Unis.  

Une reconstitution de l’abri de Cro-Magnon est présentée aux quelque 32 millions de visiteurs. C’est un faux rocher creusé, non d’un large abri-sous-roche, mais d’une grotte dont l’étroite ouverture (2m sur 2 environ) laisse entrevoir un intérieur ténébreux. Devant ce porche, l’homme de Cro-Magnon, court-vêtu d’un pagne de fourrure, revient de la chasse : il porte des lances ou des épieux. Il converse avec deux charmantes jeunes femmes, aux longues chevelures bien peignées, sveltes, en jupette et, osons le mot, topless : elles s’affairent à des travaux de couture. À leurs pieds, un texte encadré commente la scène . 

                                          Fig. 7 - Reconstitution de l’abri de Cro-Magnon. : Exposition universelle (Paris, 1889)

Ce diorama a dû plaire aux visiteurs car il fut reproduit, quelques années plus tard, sous la forme d’une chromolithographie, imagerie populaire alors à la mode, par la maison du Pr baron Justus von Liebig, chimiste inventeur de l’agriculture industrielle (fig. 7 a et b). Il venait de lancer, déjà, des farines animales et, en 1865, son extrait de viande. Ce produit était expédié dans le monde par la Liebig’s Extract of Meat Company, en pots scellés de Fleisch-Extract, sous étiquetage portant la signature du baron. Il était destiné à fabriquer des bouillons et à fignoler des assaisonnements. Une insistante publicité était nécessaire pour faire consommer en France ces produits allemands après la défaite de 1870. Ce « chromo » diffère un peu de la scène de l’Expo de 1889 (37). Dans un paysage de montagne, l’abri des Eyzies est devenu un amas de blocs rocheux ménageant une entrée, un peu comme un dolmen agrémenté d’une cascade. Le jeune chasseur Cro-Magnon vient de tuer un ours. Il porte un arc en bandoulière et un poignard à la ceinture. Il converse avec un groupe : deux hommes plus âgés, une jeune femme, vêtue cette fois-ci décemment, et un enfant.


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                                                   Fig. 7 ; b : chromo dérivé (publicité Liebig)

Les convives de ce « repas familial à l’âge de pierre » sont en train de manger et une pièce de gibier cuit à la broche sur le foyer. C’est la représentation classique de la nutrition préhistorique comme on l’a longtemps imaginée.  

Cette consommation exclusive de viande était une idée reçue, alors que ces Cro-Magnons, nos semblables, étaient, comme nous, omnivores (38). Mais on n’avait alors retrouvé que les os de leur gibier  

C’est la représentation classique de la nutrition préhistorique comme on l’a longtemps imaginée. Cette consommation exclusive de viande était une idée reçue, alors que ces Cro-Magnons, nos semblables, étaient, comme nous, omnivores (39). Mais on n’avait alors retrouvé que les os de leur gibier…  
 
Cro-Magnon, un autoportrait ?  
 
Un objet décoré d’une silhouette humaine gravée fut découvert par Gaston Berthoumeyrou, fils de François, en septembre 1897, en fouillant le fond d’une étable, située entre l’abri éponyme et l’hôtel de Cro-Magnon (autrefois hôtel de la Gare), c’est-à-dire à droite de la sépulture.

Conservé au musée d’art et d’archéologie du Périgord à Périgueux, il a été étudié minutieusement par Alain Roussot40 (fig. 8 a et b).  

C’est un personnage au gabarit masculin, long de 6 cm et très longiligne, finement gravé en profil droit, sur une côte de ruminant (renne ?). La tête en hyperextension porte une fente palpébrale convexe en bas, à peine visible, et une large oreille pendante. Le cou est très long, la ceinture scapulaire étroite. Le bras grêle indiqué par deux traits rectilignes, l’avant-bras et la main font défaut. Le torse est maigre, dépourvu de sein, l’abdomen un peu tombant. La fesse est plate. Le sexe n’est pas indiqué. Les deux membres inférieurs, en triple flexion légère (hanche, genou, cheville), sont, comme le bras, grêles, faits chacun de deux traits rectilignes parallèles, mais superposés en perspective sur toute leur longueur. Les pieds ne sont pas indiqués. Un tracé en zigzag est dessiné dans l’axe du corps au niveau du flanc et de l’épaule.


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                              Fig. 8 - Homme gravé sur os découvert dans l’abri. a: lecture photographique ; b : relevé d’Alain Roussot

Ce personnage a été interprété comme un homme, une femme, un humain, un homme masqué et même un sorcier. Bien sûr, ce n’est pas un autoportrait.  
Pour deux raisons :  
1 - Le tracé témoigne, d’une part, d’une certaine maladresse dans le rendu de l’anatomie, liée sans doute à l’étroitesse contraignante du support ;  
2 - D’autre part, l’auteur a voulu présenter des anomalies ne relevant pas de l’anatomie normale : tête en hyper extension sur un trop long cou, rappelant un peu les têtes « bestialisées », inventoriées par A. Leroi-Gourhan (41) ; oreille plus animale qu’humaine ; zigzag au niveau du flanc et la région scapulaire.  

Les circonstances de découvertes, mal connues, ne permettent pas de situer chronologiquement cet objet, possiblement gravettien.  
Un autre objet d’os gravé, portant un bison assez sommaire, mais aux pattes en perspective normale, long de 7 cm, a été découvert, semble-t-il, en même temps, à un mètre du précédent, à 35 cm de profondeur (42). Il est actuellement conservé au musée de Neuchâtel. 
 
Cro-Magnon chez les artilleurs  

À Paris, le musée d’Artillerie fut créé sous la Révolution et installé aux Invalides en 1871. Depuis 1896, il est devenu le musée de l’Armée.  
Une vingtaine d’années après la découverte de Cro-Magnon, le musée présentait deux mannequins figurant deux hommes préhistoriques imaginés seulement d’après les outils exhumés lors des fouilles : l’homme du Moustier et l’homme de la Madeleine, sites fouillés par É. Lartet et H. Christy dès 1863.  

En 1887, le graveur lorrain Auguste Tilly fournira à Henri Raison du Cleuziou, pour son gros livre bien-pensant sur La création de l’homme et les premiers âges de l’humanité, deux belles gravures représentant ces deux hommes, résolument modernes (fig. 9 a et b). Pas plus que le Breton Henri du Cleuziou, on n’imaginait pas, à l’époque, qu’il pût exister des Hommes préhistoriques différents de nous…. Ces gravures ont un grand mérite : ces hommes ne sont pas vêtus de vieilles peaux loqueteuses, tels des paléo-clochards. Ils portent de belles tenues de fourrure. Tout au plus peut-on remarquer que la barbe de l’homme du Moustier est plus longue et moins bien taillée que celle de l’homme de la Madeleine. C’est un détail…  

Toute allusion à la Préhistoire a disparu aujourd’hui au musée de l’Armée. Les peuples chasseurs-cueilleurs ne connaissaient pas la guerre… 


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                              Fig. 9 - Les hommes préhistoriques imaginés en 1887. a : Homme du Moustier ; b : Homme de la Madeleine (gravure de A. Tilly).

Le sculpteur négroïde de la Vénus de Laussel  
 
L’Institut de Paléontologie humaine a été créé à Paris en 1910 par Albert Ier, prince souverain de Monaco. Marcellin Boule, Henri Breuil et Émile Cartailhac participèrent à sa fondation. Marcellin Boule, Henri Victor Vallois et Lionel Balout en furent directeurs. Il est actuellement dirigé par Henry de Lumley. L’IPH occupe un bâtiment spécialement bâti pour lui en 1912 par l’architecte E. Pontremoli, non loin de la gare d’Austerlitz. Les façades sont ornées de bas-reliefs du sculpteur Constant Roux.  

Parmi ces bas-reliefs, l’un représente un artiste préhistorique sculptant la célèbre Vénus à la corne de Laussel, découverte non loin des Eyzies, contemporaine gravettienne des squelettes de Cro-Magnon (fig. 10). Comme modèle, C. Roux a choisi un squelette de Grimaldi, gisement situé à la frontière franco-italienne et exploré grâce aux libéralités du prince Albert Ier. Ce jeune Gravettien, considéré comme « négroïde » (43), présente un prognathisme alvéolaire - ses dents sont très 


                              Fig. 10 - Le sculpteur négroïde de Laussel. Façade de l’Institut de Paléontologie humaine (bas-relief de Constant Roux).

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saillantes en avant - et le sculpteur a reproduit ce détail et même imaginé des cheveux crépus (44).  

 Six ans à peine après la découverte de Cro-Magnon, le très savant Armand de Quatrefages et Eugène Hamy avaient introduit la notion de « race » de Cro-Magnon, à côté de celle de Cannstadt, cette dernière désignant pour eux la plus ancienne « race » fossile (45). Le grand anatomiste Léo Testut (46) avait ajouté en 1889 la race « esquimoïde » de Chancelade et, en 1906, René Verneau celle, « négroïde », de Grimaldi. Blanc, jaune et noir, la palette était complète et la France devenait vraiment le « Pays de l’Homme ». Cette classification très française est abandonnée et le mot « race » est désormais réservé aux animaux d’élevage. 

Cro-Magnon victorieux  
 
La commune des Eyzies possède un monument aux morts hors du commun, élevé dans les années 1920. Sur quelque 36 000 monuments, il est le seul en France à puiser son inspiration dans la Préhistoire. Résumons. Une énorme plaque en bronze est ornée d’un Homme de Cro-Magnon, au torse musclé en tablette de chocolat, frappant de son glaive l’aigle allemande, terrassée à ses pieds. Il s’appuie sur un bison, venu tout droit de Font de Gaume (fig. 11). Il semble le guider et ce massif bovin représente sans doute la force de nos armées, alliés inclus, voire la puissance décisive des chars Renault FT 17, engagés dans la bataille dès la fin mai 1918. Cro-Magnon est ainsi mêlé à une grande guerre, alors que celles-ci sont inconnues chez les peuples chasseurs-cueilleurs et n’apparaîtront qu’au Néolithique, quand les Hommes seront devenus producteurs.  

 Ce beau monument se distingue parmi les innombrables soldats et coqs gaulois fondus à la chaîne pour des dizaines de milliers de villages français (47). L’auteur de cette œuvre est le sculpteur Pryas. Ce n’est pas un inconnu. On lui doit, entre autres statues de nus, une des statues féminines en bronze doré érigées sur le parvis des Libertés et des Droits de l’Homme de la colline de Chaillot : le Matin (1937). Son nom est une anagramme. C’est Jean Paris (1895-1985), un des fils de l’archéologue Pierre Paris qui découvrit la Dama de Elche, célèbre vestige de l’art des Ibères du Ve ou VIe siècle avant notre ère (48). La famille Paris possédait, à Meyrals, le château de Beyssac, dans la vallée de la Beune et les fils Paris découvrirent pendant la Grande Guerre les gravures et sculptures de la grotte de Commarque, non loin de leur demeure (49). 
                              Fig. 11 - Le monument aux morts « préhistorique » des Eyzies. OEuvre de Pryas, alias Jean Paris

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Les Eyzies possèdent donc l’effigie d’un Homme de Cro-Magnon (50). L’ennui, c’est que, depuis 1931, est érigée, dans la falaise, à quelques mètres au-dessus, la statue de l’Homme de Néandertal, exécutée dans la pierre par Paul Dardé, sculpteur de Lodève (Hérault), pour le musée des Eyzies. Les visiteurs ne manquent pas d’identifier ce personnage très rustique comme l’Homme de Cro-Magnon : l’Homme de Cro-Magnon demeure en effet pour beaucoup le prototype de l’Homme préhistorique. Cette oeuvre contribue ainsi à faire de Cro-Magnon un être primitif, homme des cavernes et Tarzan du grand désert glacé, alors qu’il est notre ancêtre direct et notre quasi semblable… (51)  
 
À l’étranger, Cro-Magnon timbrifié  
 
L’Homme de Tautavel (Pyrénées-Orientales), Homo heidelbergensis pré-néandertalien, vieux de 450 000 ans, a été découvert par l’équipe du Pr Henry de Lumley. C’est le plus vieux Français et il a été bellement timbrifié en 1992 par le peintre niçois Raymond Moretti. On fête cet été le cinquantenaire des travaux menés dans cet énorme gisement.  

En France, l’Imprimerie des timbres-poste et des valeurs fiduciaires, installée à Boulazac, dans la banlieue de Périgueux, a édité en 1976 un timbre représentant la célèbre tête féminine en ivoire de Brassempouy (Landes), gravée en taille-douce par Georges Bétemps et baptisée « Vénus de Brassempouy ». Mais en France, pas de timbre consacré à Cro-Magnon.  

En 1997, c’est Cuba qui a édité un timbre offset représentant l’homme de Cro-Magnon rentrant de la chasse (fig. 12 a et b). Cet Hombre de Cromagnon (sic) est vêtu d’un pagne ; il arbore un collier et, à la ceinture, un poignard. Il porte sur le dos, grâce à sa sagaie, le produit de sa chasse : un petit cervidé ou capridé, dont on aperçoit une patte, et… un faisan aux belles couleurs (jaune, rouge, violet et noir) et au bec démesuré. Dans sa main droite, deux flèches assez inattendues… Une vignette contiguë présente le crâne au fort prognathisme alvéolaire de l’adolescent gravettien exhumé à Grimaldi.  
                             Fig. 12 - L’Homme de Cro-Magnon. a : tableau de Z. Burian ; b : timbre cubain dérivé


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Ce n’était pas une oeuvre originale mais une reproduction simplifiée d’un des nombreux tableaux du Tchèque Zdeněk Michael František Burian (1905-1981), peintre et illustrateur, spécialiste des reconstitutions préhistoriques.

                             Fig. 13 - Le peintre de Lascaux. a : tableau de Z. Burian ; timbre cubain dérivé


Ses œuvres sont présentées au National Museum (Prague) et à l’Anthropos Museum de Brno, ainsi que dans de nombreux livres.

Son tableau représentant Cro-Magnon est très réaliste : voici un homme hirsute, barbu et velu, portant un collier de canines de félins, le même faisan mais avec un bec non hypertrophié et de fines sagaies et non des flèches. On aperçoit des cabanes dans le lointain. Tout au plus peut-on critiquer le caractère très rustique du personnage et la présence inattendue de ce faisan : notre faisan de Colchide (Géorgie) ou Phasianus colchicus, ici représenté, originaire d’Asie et cité par Pline, ne semble pas attesté en Europe au Paléolithique.  

D’innombrables tableaux, statues et dessins représentent Cro-Magnon ou, du moins, Homo sapiens en action (52). Retenons simplement un autre timbre cubain de 1967 montrant le peintre de Lascaux et ses aides, intitulé cette fois Hombre de Cro-Magnon (fig. 13 a et b). Accompagné du crâne d’un Homo sapiens non identifié, il est inspiré également par un beau dessin monochrome de Z. Burian.  

 Il autorise quatre remarques :  

1 - Les personnages sont vêtus de loques de peaux animales comme il est trop habituel, alors que perçoirs de silex, poinçons d’os et aiguilles à chas sont connus à cette époque ;  

2 - Le panneau en cours d’exécution est celui de « la Vache qui saute » du Diverticule axial de Lascaux, mais il est ici trop bas situé, au-dessus d’un talus imaginé, et, dans la réalité, il ne pouvait être atteint que grâce à un échafaudage ;  

3 - Les traces du foyer représenté ici au sol n’ont jamais été découvertes ; 4 -Le cadre de la scène est fait de signes qui ne sont en fait que la reproduction, à une dizaine d’exemplaires, des traits d’une femme stylisée, gravée sur une défense de mammouth de Predmostì.

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(Tchéquie), datant du Pavlovien (Gravettien de Moravie, entre 27 000 et 24 500 ans)(52).  
Ces images et ces anecdotes montrent combien il est difficile de reconstituer fidèlement l’histoire d’une trouvaille comme celle, exceptionnelle, de Cro-Magnon et de rendre compte des découvertes des préhistoriens, sans se laisser aller à des interprétations aventurées.  

                                                                                E. B (54) et G. D (55). 


Choix bibliographique (56)  

 - Bouchud J., 1966. « Remarques sur les fouilles de L. Lartet à l’abri de Cro-Magnon », Soc. d’études et de recherches et Institut de Préhistoire et d’art préhistoriques des Eyzies, n° 15, p. 28-36.  
- Broca P., 1868. « Sur les crânes et les ossements des Eyzies », Bull. de la Soc. d’Anthropologie de Paris, 2e s., t. 3, p. 350-392 (présentation du 21 mai). Discussion par Pruner-Bey, Bertillon, Lagneau et Broca, p. 416-432, 432-446, 454-510, 554-574. Voir aussi AFAS, Bordeaux, 1872, p.1232-1237.  
- Broca P., 1869. « On the human skulls and bones found in the cave of Cro-Magnon, near Les Eyzies », Reliquiae Aquitanicae…, IX, p. 97-122.  
- Breuil H., 1960. « Ma vie en Périgord », Bull. de la Soc. hist. et arch. du Périgord, LXXXVII, p. 114-131.  
- Dastugue J., 1967. Pathologie des hommes fossiles de l’abri de Cro-Magnon, L’Anthropologie, 71, 4, p. 479-492 (plaie frontale de la femme, p. 490).  
- Dastugue J., 1968. « Pathologie de quelques squelettes du Paléolithique supérieur. L’Homme de Cro-Magnon », in : l’Homme de Cro-Magnon. Anthropologie et archéologie, p.121-126, Arts et métiers graphiques, Paris.  
- Delluc B. et G., 1981 : La grotte ornée de Comarque à Sireuil (Dordogne), Gallia-Préhistoire, 24, fasc. 1, 1-97, 56 fig. (avec la collaboration de J. Chaline, J. Evin, B. Galinat, Arl. Leroi-Gourhan, C. Mourer-Chauviré, T. Poulain et F. Schweingruber.  
- Delluc B. et G., 1984. « Abri de Cro-Magnon, Les Eyzies (Dordogne) », in : Collectif, Art et civilisations des chasseurs de la Préhistoire, p.72-75, Laboratoire du Musée de l’Homme et MAN de Saint-Germain-en-Laye.  
- Delluc B.et G., 1989. « L’âge du Renne, du Mammouth… de Lartet et Christy », Le Temps de la Préhistoire, t. 1, Société préhistorique française et édit. Archeologia, p.16-17.  
- Delluc B. et G., 1990 : « À propos de la statue dite de Cro Magnon aux Eyzies, Bull. de la Soc. hist. et arch. du Périgord, 117, p. 233-236, 2 pl.  
- Delluc G., 1995 : La Nutrition préhistorique avec la collaboration de B. Delluc et M. Roques, Editions Pilote 24, Périgueux, 224 p., ill. et tabl. Préface de H. de Lumley  
- Delluc B. et G., 2001. « Pas de chemin de fer pour Cro-Magnon », Bull. de la Soc. hist. et arch. du Périgord, CXXVIII, p. 207-218.  
- Delluc B. et G., 2008. « Pas de chemin de fer pour Cro-Magnon », in : Petites énigmes et grands mystères. Périgord., tome 2, Pilote 24 édition, Périgueux, p. 27-40, ill.  
- Delluc B. et G., 2013 : Les squelettes de l’abri de Cro-Magnon. Datation et pathologie. Evolution des idées, Bull. de la Soc. hist. et arch. du Périgord, CXL, p.243-274, 11 fig., 3 sections.  
- Girod P. et Massénat É., 1900. Les stations de l’Âge du Renne dans les vallées de la Vézère et de la Corrèze, Baillière, Paris.  
- Henry-Gambier D., 2002 a. « Les fossiles de Cro-Magnon (Les Eyzies-de-Tayac, Dordogne). Nouvelles données sur leur position chronologique et leur attribution culturelle », Paléo., 14, p. 201-204.  
- Henry-Gambier, D., 2002 b. « Les fossiles de Cro-Magnon (Les Eyzies-de-Tayac, Dordogne). Nouvelles données sur leur position chronologique et leur attribution culturelle », Bulletins et Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris, t. 14, fasc. 1-2, pp. 89-112.  


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- Henry-Gambier D., Nespoulet R. et Chiotti L., 2013 : Attribution culturelle au Gravettien ancien des fossiles humains de l’abri Cro-Magnon, Paleo, revue d’archéologie préhistorique, n° 24, décembre 2013, 121-138, ill.  
- Kozlovsky J.-K., 1992 : L’art de la Préhistoire en Europe orientale, CNRS, Paris, 223 p., ill.  
Julien M., 1982 : Les harpons magdaléniens. XVIIe supplément à Gallia Préhistoire, Paris, CNRS, 288 p., 121 fig., 2 tableaux, 8 pl.  
- Lartet É. & Christy H., 1865-1875 (en partie posthume, édité en 10 livraisons de I à XVII, avec un tome 1 et un tome 2). Reliquiae Aquitanicae. Being contribution to the Archaeology and Paleontology of Perigord and the adjoining provinces of Southern France, Baillière, London et Paris.  
- Lartet L., 1868 a. « Une sépulture des troglodytes du Périgord (crânes des Eyzies) », Bull. de la Soc. d’Anthropologie de Paris, 2es., t. 3, p. 335-349.  
- Lartet L., 1868 b. « A burial place of the Cave-dwellers of Perigord (Cro-Magnon) », Reliquiae Aquitanicae…, VI, p. 62-72.  
- Lartet L., 1869 a. « Une sépulture des anciens troglodytes du Périgord à Cro-Magnon », Matériaux pour l’histoire naturelle et primitive de l’Homme., p. 97-108 et pl. IV,  
- Lartet L., 1869 b. « Une sépulture des anciens troglodytes du Périgord à Cro-Magnon », Annales des sciences naturelles, 5e série, t. X, p. 132-145.  
- Le Quellec J.-L., 2014 : « Que nous disent les hommes à tête de chien du Sahara ? », La Recherche, mars 2014, n° 485, p. 48-51.  
- Leroi-Gourhan A., 1995 : Préhistoire de l’art occidental, nouvelle édition revue et augmentée par B. et G. Delluc, Citadelles et Mazenod, Paris  
- Leroi-Gourhan A., 1992 : L’art pariétal. Langage de la Préhistoire, Jérôme Millon.  
- Pales L. 1930. Paléopathologie et pathologie comparative, Masson, Paris. Sa thèse est intitulée. Pales, Léon. État actuel de la paléopathologie. Contribution à l’étude de la pathologie comparative. Thèse de médecine de Bordeaux n°76, 1929 - 1930.  
- Pittard E., 1960. « Une gravure de Cro-Magnon exilée à Neufchâtel (Suisse) », Bull. de la Soc. hist. et arch. du Périgord, LXXXVII, p. 213-216.  
- Pittard E., 1963. « Une gravure de Cro-Magnon exilée à Neufchâtel (Suisse) », Soc. d’études et de rech. et Institut de Préhistoire des Eyzies, n° 12 (1962), p. 36-39.  
- Quatrefages A. et Hamy E., 1874. « La race de Cro-Magnon dans l’espace et dans le temps », Bull. de la Soc. d’Anthropologie de Paris, 2es., t. 9, p. 260-266.  
- Roussot A., 2003 : Aryen ou Lapon ? L’Homme primitif vu par Louis Figuier en 1870, in : Lafont-Couturier H. et al., Vénus et Caïn, figures de la Préhistoire 1830-1930, musée d’Aquitaine, Bordeaux, p. 76-82, ill.  
- Roussot A., 2004. « La représentation humaine de Cro-Magnon au musée du Périgord », Bull.de la Soc. hist.et arch. du Périgord, CXXXI, p. 455-468.  
- Taborin Y, 1993. La parure en coquillage au Paléolithique, XXIXe suppl. à Gallia Préhistoire, CNRS éditions, Paris.  
- Vallois B., 2005. « Les nouvelles classifications de l’histiocytose », le Quotidien du médecin, n° 7868, p. 8.  
- Vallois H. V., 1970. « La découverte des Hommes de Cro-Magnon. Son importance anthropologique », in : l’Homme de Cro-Magnon. Anthropologie et archéologie, Arts et métiers graphiques, Paris, p. 11-20.  
- Vialou D. 2004. « Cro-Magnon », in : La Préhistoire. Histoire et dictionnaire, 2004, p. 502. 


Notes et renvois

1 Un simple clic sur la toile (Google) fournit les résultats suivants : Néandertal, 265 000 résultats ; Lascaux, 787 000 ; Cro-Magnon, 1 570 000.  
2 Ou encore Magnou ou Magnanou. À moins que Magnon ne qualifie les dimensions du Cro : le Grand Trou. La grotte de Rouffignac s’appelait autrefois le Cro de Granville.  
3 Delluc, 1984 et 2008.  
4 Reliquiae Aquitanicae, being contribution to the Archaeology and Paleontology of Perigord and the adjoining provinces of Southern France. Ce gros et beau livre, rapportant les travaux d’É. Lartet et H. Christy dans la région, fut publié - en anglais - de 1865 à 1875, en 10 livraisons et un groupe d’éditeurs, sous des signatures diverses.  
5 Delluc, 1989.  
6 Delluc, 2001.  
7 Aujourd’hui nommée rue de Tayac ou route de la Gare.
8 Girod et Massénat, 1900, p.10.  
9 Lartet, 1869 b, p. 137 et fig. 3, p. 136. Précision : le mot chaussée désignait ici la plateforme du chemin de fer et non la route.  
10 Dans le fonds Lartet du Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse, nous avons retrouvé une courte note manuscrite, ancienne et anonyme, disant : « Une station humaine d’une longue durée avait exhaussé le sol jusqu’à la voûte. Par-dessus on avait mis sept (sic) squelettes humains. Lartet, arrivé trop tard, ne put sauver qu’une partie de ces précieux vestiges. » D’après les ouvriers, on aurait même mis au jour, lors des travaux, une bonne quinzaine de squelettes (Bouchud, 1966). Dommage…
11 Reliquiae aquitanicae, C. pl. I-VI, IX et X ; B. pl. XI et XII. Le diagraphe permettait de projeter une image sur un écran par le principe de la chambre claire, perfectionnée par l'ingénieur et polytechnicien Jacques Dominique Gavard (1794-1871). Frédéric Sauvage (1786-1857) est aussi, notamment, l’inventeur de l’hélice. Cette invention n’intéressa pas le ministère de la Marine à l’époque des roues à aubes...
12 Vallois B., 2005, Delluc, 2013.  
13 Lartet, 1868 a et b.  
14 Broca, 1868, 1869, 1872 ; Pales, 1930, p. 69-70 ; Vallois, 1970, p. 14.  
15 Ses premières aventures ont été publiées dans le Strand Magazine en 1891 et 1892 par Conan Doyle.  
16 Ou plutôt de piochon, l’abri étant très bas.  
17 Dastugue, 1967 et 1968.  
18 Lartet, 1868b, pl. XIX et XX et p. 83-88. La grotte d’Aurignac (Haute-Garonne) avait été fouillée en 1860 par É. Lartet, mais le mot d’Aurignacien ne sera choisi qu’en 1906, par H. Breuil et É. Cartailhac, pour désigner la première grande culture du Paléolithique supérieur.  
19 En 1869, É. Cartailhac est devenu le directeur de cette revue fondée par G. de Mortillet.  
20 Lartet, 1869a, planche IV. 
21 Julien, 1982, Il s’agit des harpons bilatéraux nos 574 (type Bdc) et 615 (type Ba).  
22 Pittard, 1960 et 1963.  
23 Pittard, 1960, p. 214. Il n’en existe pas de photographies. À notre connaissance, le Dr Rivière n’avait jamais parlé de ces objets dans ces publications.  
24 Breuil, 1960.  
25 Ce praticien, membre de la Société d’étude et de recherches préhistoriques des Eyzies, nous confirma le fait lors d’un colloque organisé en Espagne (à Llanes, Asturies, en 1974), en présence notamment de Jean Guichard, conservateur du musée des Eyzies, et d’Arlette Leroi-Gourhan. 
26 Bouchud, 1966. Cette couche est nommée par lui Périgordien supérieur ou Périgordien IV à la façon de D. Peyrony.  
27 Delluc, 2001, p. 217, note 11 et 2008, p.40.  
28 Pataud est situé à une centaine de mètres de Cro-Magnon.  
29 Spectrométrie de masse par accélérateur.  
30Littorine de la collection Lartet (MAN, Saint-Germain-en-Laye). Beta Analytic INC RadiocarbonDating Service, Miami, USA, juillet 2001. Henry-Gambier et al., 2002et 2013. Les coquillages associés à la sépulture étaient 300 littorines (Littorina littorea), alias bigorneaux, d’origine atlantique et non fossiles, toutes percées, et aussi 5 Nucella lapillus, 4 Turritella communis (fossiles), etc (Lartet, 1869a et b ; Taborin, 1993, p. 427). Les littorines ont été dispersées dans divers musées de France à la demande du ministre Victor Duruy.  
31 Soit 31 324-32 666 cal. BP. Ces dates « calibrées » tiennent compte de diverses causes d’erreur, le taux de production du radiocarbone naturel ayant varié au cours du temps. 
32 Vialou, 2004.  
33 M. Lorblanchet, in verbis, juillet 2013.  
34 Henry-Gambier et al., Paleo, 2013.  
35 Henry-Gambier et al., 2013, p. 128-134.  
36 Delluc, 2013, p. 270.  
37 Le procédé était alors très utilisé pour éditer des séries d’images publicitaires, que l’on collectionnait dans de beaux albums.  
38 Delluc, 1995.  
39 Delluc, 1995.  
40 Roussot, 2004.
41 Leroi-Gourhan, 1965. Comment ne pas penser aux théranthropes ? Ces représentations d’anthropomorphes à tête de canidé, relevant de la mythologie, étaient fréquentes il y a 7 000 ans, chez les peuples pasteurs du Sahara (Le Quellec J.-L., 2014).  
42 Pittard, 1960 et 1963.  
43 Car, selon M. Boule et R. Verneau, les jambes semblaient très longues par rapport aux cuisses et les avant-bras très longs par rapport aux bras, et car les membres inférieurs semblaient très longs par rapport aux membres supérieurs.
44 Le prognathisme alvéolaire de cet adolescent, découvert en 1901 par le chanoine de Villeneuve, a sans doute été accentué par les manipulations que lui firent subir les paléontologues M. Boule et R. Verneau (Leroi-Gourhan, 1992).  
45 Quatrefages A. et Hamy E., 1874. Aujourd’hui on dit Bad Cannstatt, près de Stuttgart (Bade-Wurtemberg). On y avait trouvé en 1700 un crâne incomplet (front étroit et fuyant, arcades sourcilières très saillantes), dont la nature préhistorique fut reconnue vers 1835.  
46 L. Testut était un Périgordin, né à Saint-Avit-Sénieur. Paul Broca était de Sainte-Foy-la-Grande, un voisin...  
47 Le volatile du monument aux morts de Sireuil est en fait une brave grosse poule, sculptée dans la pierre calcaire par un artiste local.  
48 Acquise par le Louvre, elle fut donnée en 1941 à l’Espagne du général Franco par le gouvernement de Vichy en échange de diverses oeuvres, notamment de Murillo, Velasquez et Le Greco.  
49 Delluc, 1981.  
50 Et aussi, dans le musée de site de l’abri Pataud, une belle statue de bronze : la reconstitution fidèle en bronze de Mme Pataud, la toute jeune femme découverte, inhumée avec son nouveau-né, dans ce gisement. Elle a été sculptée et fondue dans le bronze par l’artiste danois Eirik Grandqvist à la demande du Pr Henry de Lumley.
51 Delluc, 1990. Très marqué par la Grande Guerre et par la maladie, Paul Dardé (1888-1963) était spécialisé dans la représentation de personnages tragiques. Le musée d’Orsay a de lui une tête féminine aux serpents, l’Éternelle douleur…
52 On peut consulter les catalogues d’exposition, dont Peintres d’un monde disparu. La Préhistoire vue par les artistes de la fin du XIXe siècle à nos jours, musée de Solutré,1990 et Vénus et Caïn, figures de la Préhistoire 1830-1930, musée d’Aquitaine, Bordeaux, 2003. Dans ce dernier, A. Roussot commente les dessins de Louis Figuier (L’Homme primitif, 1870), représentant des Hommes modernes, vêtus d’un pagne effrangé dans une première édition, puis d’épaisses fourrures avec capuche dans une seconde édition (Roussot, 2003).
53 Kozlovsky, 1992.  
54 Docteur en Préhistoire, conseiller scientifique et assistante du maître d’ouvrage de l’abri Cro-Magnon.  
55 Docteur en Préhistoire et en Anthropologie, médecin chef des hôpitaux (H), conseiller scientifique de l’abri Cro-Magnon.  
56 La bibliographie de Cro-Magnon est considérable. N’ont été conservées ici que les références appelées dans le texte.  

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